Méthanisation : scandale en gestation

Cher(e) Ami(e),

Le Plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote (EMAA),  lancé en 2013 a comme objectif pour 2020 de construire 1000 méthaniseurs à la ferme contre 90 en 2012. L’objet de ce plan est de :

  • diminuer le recours aux engrais de synthèse (utilisation en France de 2 110 kt/an, kilo-tonnes par an) ;
  • favoriser la production d’énergie renouvelable : d’électricité ou de biogaz.

La volonté de diminuer l’utilisation des engrais répond au constat que ceux-ci consomment de l’énergie fossile que nous pouvons techniquement substituer. Par exemple, l’énergie de base utilisée pour les fertilisants azotés à partir de l’ammoniac est le gaz fossile :

fabazote.PNG

Et cette consommation nous amène à consommer 0.73 à 0.99 tep (tep : tonne équivalent pétrole = 11630 kWh) pour une tonne de fertilisant :

energieconso.PNG

A cette consommation directe il convient de prendre en compte la consommation liée au transport qui sera moindre si l’engrais est produit « à la ferme » ou non loin.

La volonté de produire de l’énergie renouvelable répond à un double constat :

  • En Métropole nous consommons beaucoup d’énergie fossile : 127.7 Mtep (Millions de tonne équivalent pétrole), et d’énergie non renouvelable 103.8 Mtep de nucléaire, cf.  Ordres de grandeur, premiers pas
  • Cette consommation énergétique globale ne répond à aucune logique renouvelable, notre « jour de dépassement » étant au 5 Mai (en 2018) pour la France, cf. Consommation énergétique d’un foyer

Parallèlement à cette démarche ENGIE et d’autres grands opérateurs énergétiques mettent l’accent sur des unités collectives pour générer du biométhane dont la vocation est d’être injecté sur le réseau de gaz fossile et/ou générer du bio-GNV utilisé pour le transport. Ainsi quelques lotissements sortent de terre avec des panneaux publicitaires du type « Maison au gaz vert ».

Tout cela semble positif mais la démarche cache une part d’ombre qui risque d’avoir des effets aussi négatifs que ceux générés par les agrocarburants qui nous coutent chers et qui consomment d’avantage d’énergie fossile qu’ils n’en compensent, un comble ! cf. scandale un de plus

La méthanisation est un scandale en gestation et voilà pourquoi :

  • au niveau financier, cela va coûter très cher à la collectivité. La péréquation entre le prix du marché du gaz fossile et le prix d’achat bonifié est supporté par la CSPE. C’est à dire que ceux ne sont pas les énergies fossiles qui payent le développement du gaz « vert » mais les consommateurs d’électricité… Forte hausse de la CSPE. De plus la bonification accordée par les pouvoirs publics est disproportionnée : le kWh électrique provenant du biogaz coûte à la collectivité plus de 20 c€/kWh soit 2 fois plus que le solaire et l’éolien, il est 2.5 fois plus cher que le Kwh payé sur une facture d’électricité de particulier qui est à 8 c€HT/kWh ; le kWh du biogaz lorsqu’il est injecté sur le réseau est encore plus élevé, il est le plus souvent au-delà de 10 c€/kWh soit 2.85 fois plus cher que le kwh acheté par un particulier à 3.5 c€HT/kWh. N’est ce pas source de scandale ? (60 m3/h correspond à une unité de 250 kWe, le kWh biométhane est bonifié au-delà de  10 c€/kwh et le kWh électrique est proche de 21 c€/kwh, qui va payer ?)

tarifs-rachat-biomethane

  • au niveau agronomique, la matière organique utilisée ne sera plus disponible ni pour l’alimentation du bétail, ni pour l’amendement des sols. Y-a-t-il un réel gain à cette nouvelle valorisation des déchets déjà présents, a-t-il été évalué ?
  • au niveau sociétal, à part l’infime partie de biogaz produit par des déchets organiques non valorisables autrement, une grande partie de la production est directement liée à la nécessité de parquer les animaux dans des bâtiments, car il faut être capable de récupérer le fumier et le lisier. Est ce bien ce que nous voulons : consolider ce mode d’élevage par l’énergétique ?
  • au niveau énergétique nous sommes en présence de greenwashing : la production de cette énergie n’a pas comme vocation de remplacer mais de légitimer l’usage de l’énergie fossile. L’objectif déclaré est d’injecter 10% de gaz vert dans les réseaux à l’horizon 2030, mais combien de nouveaux abonnements « gaz fossile » sera vendu au nom de cet argument ? De plus, la production sur des unités importantes en collectif où l’on rassemble en un point les effluents d’élevage, génère un trafic important de déchets sur les routes, transport qui n’est pas présent lorsque les effluents d’élevage sont stockés à la ferme et épandus dans les champs, sans valorisation énergétique. Engie – promotion du biogaz
  • au niveau géographique, pour produire du biogaz plusieurs centaines d’hectares de culture vont être utilisés notamment par les céréaliers bien que le rendement énergétique soit extrêmement faible. Sur un hectare de cultures, on produit 17 fois moins d’énergie qu’un hectare de photovoltaïque, 37 fois moins lorsque la conversion de cette énergie est électrique (car le rendement d’un moteur gaz qui entraine l’alternateur est au grand maximum de 45%)… cf. Ordres de grandeur, premiers pas

Sommes nous vraiment sérieux sachant que les facteurs limitants des énergies renouvelables sont :

  • la surface d’emprise ;
  • et  le coût de production et d’une partie du stockage ?

Nous pouvons certainement faire beaucoup mieux sans que cela nous endette encore plus, faisons le !

Amicalement,

E.D.F

 

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